Samedi 28 mars 2026

Travailler le 1er Mai : vos droits selon le Code du travail

Le 1er Mai occupe une place unique dans le droit du travail français. Contrairement aux autres jours fériés, il bénéficie d'un statut juridique exceptionnel qui garantit des droits spécifiques aux salariés. Voici tout ce que vous devez savoir sur vos droits si vous travaillez le 1er Mai.

Le principe : un jour férié obligatoirement chômé

L'article L3133-4 du Code du travail établit un principe fondamental :

"Le 1er mai est jour férié et chômé pour tous les salariés."

Cette disposition fait du 1er Mai le seul jour férié obligatoirement chômé en France. Alors que pour les autres jours fériés (Noël, Pâques, etc.), l'employeur peut décider de faire travailler ses salariés moyennant certaines compensations, le 1er Mai bénéficie d'une protection absolue.

Historique de cette exception

Cette protection particulière trouve ses racines dans l'histoire ouvrière :

Les exceptions : qui peut travailler le 1er Mai ?

Malgré le principe général, certains secteurs peuvent déroger à l'interdiction de travail. L'article L3133-4 prévoit des exceptions pour :

1. Les services de nécessité absolue

2. Les entreprises à fonctionnement continu

3. Cas particuliers

Important : Ces exceptions doivent être justifiées par l'employeur et respecter des conditions strictes d'autorisation.

La rémunération : le principe du salaire double

L'article L3133-6 du Code du travail établit la règle de rémunération :

"Le travail accompli le 1er mai donne lieu à une rémunération double."

Comment ça marche concrètement ?

Situation Rémunération Exemple (SMIC horaire 11,65€)
8h travaillées le 1er Mai Salaire normal × 2 8h × 11,65€ × 2 = 186,40€
Travail de nuit (22h-6h) Salaire double + majoration nuit Variable selon convention collective
Heures supplémentaires Salaire double + majoration HS Calcul complexe selon durée

Précisions importantes

Jurisprudence : les décisions importantes

La Cour de cassation a précisé l'application de ces règles dans plusieurs arrêts :

Arrêt de la Chambre sociale, 15 mai 2019

Principe : Un salarié ne peut pas refuser de travailler le 1er Mai si son secteur bénéficie d'une dérogation légale.

Conséquence : Le refus injustifié constitue une faute pouvant justifier un licenciement.

Arrêt du 3 juillet 2018

Principe : L'employeur doit prouver que l'activité entre dans les exceptions légales.

Conséquence : En cas de doute, c'est l'interdiction de travail qui s'applique.

Arrêt du 12 octobre 2017

Principe : Le salaire double est dû même si le salarié est volontaire.

Conséquence : Aucune renonciation possible aux majorations légales.

Cas concrets et situations pratiques

Cas n°1 : L'infirmière d'hôpital

Situation : Marie, infirmière, est de garde le 1er Mai de 8h à 20h.

Droit : Travail autorisé (service de nécessité absolue) + salaire double obligatoire.

Calcul : 12h × salaire horaire × 2 + éventuelles majorations de garde.

Cas n°2 : Le vendeur de supermarché

Situation : Paul, employé d'hypermarché, reçoit l'ordre de travailler le 1er Mai.

Droit : Travail normalement interdit sauf autorisation préfectorale spéciale.

Recours : Peut refuser et saisir l'inspection du travail.

Cas n°3 : Le cuisinier de restaurant

Situation : Jean travaille dans un restaurant touristique qui ouvre le 1er Mai.

Droit : Dépend de la zone touristique et des autorisations municipales.

Vérification : L'employeur doit présenter l'autorisation administrative.

Vos recours en cas de non-respect

1. Dialogue avec l'employeur

Rappeler les obligations légales en citant les articles L3133-4 et L3133-6.

2. Saisir les représentants du personnel

3. Contacter l'inspection du travail

L'inspecteur peut :

4. Action judiciaire

Saisir le conseil de prud'hommes pour :

Sanctions pour l'employeur

Le non-respect des règles du 1er Mai expose l'employeur à :

Sanctions pénales

Sanctions civiles

Conseils pratiques pour les salariés

Avant le 1er Mai

Si vous devez travailler

En cas de litige

Conclusion : un droit fondamental à défendre

Le 1er Mai n'est pas un jour férié comme les autres. Il incarne la lutte des travailleurs pour leurs droits et bénéficie à ce titre d'une protection juridique exceptionnelle. Les articles L3133-4 et L3133-6 du Code du travail ne sont pas de simples recommandations : ils constituent des obligations légales strictes.

Face aux tentatives de contournement, il est essentiel que les salariés connaissent leurs droits et n'hésitent pas à les faire valoir. Le salaire double n'est pas une faveur de l'employeur, mais un droit imprescriptible reconnu par la loi.

En cas de doute ou de litige, n'hésitez pas à vous rapprocher de vos représentants syndicaux ou de l'inspection du travail. Vos droits du 1er Mai sont non-négociables.


Sources juridiques :