Le 1er mai reste, aujourd'hui, férié, chômé et payé pour tous les salariés. Un projet de loi autoriserait, à partir du 1er mai 2027, les boulangers-pâtissiers et fleuristes artisanaux à faire travailler des salariés volontaires, payés double. Il a été adopté par le Sénat le 16 juin 2026 mais n'est pas encore voté par l'Assemblée nationale : rien n'est définitif.
1. Un jour férié pas comme les autres
La France compte onze jours fériés. Un seul est obligatoirement chômé par la loi : le 1er mai. Tous les autres — 1er janvier, lundi de Pâques, 8 mai, Ascension, lundi de Pentecôte, 14 juillet, 15 août, 1er novembre, 11 novembre et 25 décembre — sont fériés mais peuvent être travaillés si l'employeur l'impose, sauf accord collectif plus favorable.
Cette singularité repose sur trois articles du Code du travail :
« Le 1er mai est jour férié et chômé. »
« Le chômage du 1er mai ne peut être une cause de réduction de salaire. Les salariés rémunérés à l'heure, à la journée ou au rendement ont droit à une indemnité égale au salaire perdu du fait de ce chômage. Cette indemnité est à la charge de l'employeur. »
« Dans les établissements et services qui, en raison de la nature de leur activité, ne peuvent interrompre le travail, les salariés occupés le 1er mai ont droit, en plus du salaire correspondant au travail accompli, à une indemnité égale au montant de ce salaire. Cette indemnité est à la charge de l'employeur. »
Autrement dit : le salarié qui travaille légalement le 1er mai (hôpitaux, transports, secteurs qui ne peuvent s'arrêter) touche le double de sa rémunération pour cette journée. C'est cette protection unique qui fait du 1er mai une cible récurrente pour ceux qui veulent l'assouplir.
2. D'où vient cette protection ? Une histoire de 140 ans
Le 1er mai n'est pas né jour férié. Il l'est devenu au terme d'un long combat.
- 1er mai 1886, Chicago. À l'appel des syndicats américains, une grève générale réclame la journée de huit heures. Le 4 mai, le rassemblement de Haymarket Square tourne au drame (bombe, fusillade, répression, syndicalistes pendus). La date devient un symbole.
- Juillet 1889, Paris. Le congrès de la IIe Internationale, réuni pour le centenaire de la Révolution française, fait du 1er mai une journée internationale de revendication pour les huit heures.
- 1890-1891. Premières manifestations. À Fourmies (Nord), le 1er mai 1891, l'armée tire sur la foule : neuf morts. Le 1er mai s'ancre dans l'histoire sociale française.
- 23 avril 1919. La loi instaure la journée de huit heures ; le 1er mai 1919 est chômé, à titre exceptionnel.
- 24 avril 1941, Vichy. Sous l'impulsion de René Belin, le régime fait du 1er mai un jour férié et chômé rebaptisé « Fête du Travail et de la Concorde sociale », vidé de sa charge de lutte sociale.
- 26 avril 1946. À la Libération, une loi rétablit le principe : « La journée du 1er mai sera chômée et payée. »
- 30 avril 1947. La loi n° 47-778 pérennise le statut : « Le 1er mai est jour férié et chômé. »
- 29 avril 1948. Une loi consolide le paiement de la journée. Le régime « férié, chômé et payé » qui s'applique encore aujourd'hui est fixé.
Fait notable : pendant près de soixante-quinze ans, ce statut n'a fait l'objet d'aucune tentative législative sérieuse pour le remettre en cause. La journée de solidarité créée en 2004 (travail non payé finançant la dépendance) a d'ailleurs été fixée sur le lundi de Pentecôte, jamais sur le 1er mai.
3. La bataille parlementaire (2024-2026)
Tout commence par un fait divers. Le 1er mai 2024, cinq boulangers de Vendée sont contrôlés par l'inspection du travail pour avoir fait travailler des salariés ce jour-là. L'affaire prend une ampleur nationale et met au jour un flou juridique : la possibilité pour ces commerces d'ouvrir reposait sur une tolérance ministérielle de 1986, devenue caduque après un arrêt de la Cour de cassation de 2006. Le 25 avril 2025, les cinq employeurs sont finalement relaxés par le tribunal de police de La Roche-sur-Yon.
La proposition de loi du Sénat (avril-juillet 2025)
Le 25 avril 2025, une proposition de loi « visant à permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler le 1er mai » (n° 550) est déposée au Sénat par la sénatrice Annick Billon (Vendée, Union Centriste) et Hervé Marseille, président du groupe Union Centriste, avec le soutien du gouvernement. Elle vise les boulangeries-pâtisseries, primeurs, boucheries et commerces de bouche, fleuristes, jardineries, cinémas et théâtres — la grande distribution restant exclue —, sur la base du volontariat écrit du salarié.
Le 3 juillet 2025, le Sénat l'adopte en première lecture par 228 voix contre 112 (une abstention). Le texte est transmis à l'Assemblée nationale.
Le coup d'arrêt (avril 2026)
À l'Assemblée, la manœuvre tourne court. Le 10 avril 2026, les députés adoptent une motion de rejet préalable — déposée, fait rare, par le camp gouvernemental sur son propre texte (120 voix contre 105). Le but n'était pas d'enterrer le texte, mais de l'envoyer directement en commission mixte paritaire, sans débat ni amendement, pour tenter une adoption avant le 1er mai. La gauche et la CGT dénoncent un « 49-3 parlementaire ».
Mais face à la mobilisation, le Premier ministre Sébastien Lecornu décide de ne pas convoquer la commission mixte paritaire. La proposition de loi est abandonnée de fait. Le 1er mai reste férié, chômé et payé.
Le gouvernement change de véhicule (avril 2026)
Plutôt que de renoncer, le gouvernement reprend la main. Le 13 avril 2026, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou (nommé en octobre 2025, ancien PDG de la SNCF) reçoit les partenaires sociaux ; le 14 avril, il annonce un projet de loi gouvernemental appuyé sur le dialogue social de branche, plus restreint que la proposition sénatoriale. C'est ce texte qui suit aujourd'hui son parcours (section 5).
4. Le 1er mai 2026 : une ouverture « tolérée », mais sans base légale
Faute de loi votée à temps, le gouvernement a annoncé, le 17 avril 2026, que les boulangeries-pâtisseries artisanales et les fleuristes artisanaux « pourraient ouvrir » le 1er mai. Point essentiel, souvent mal compris :
Aucun texte n'a été publié au Journal officiel pour 2026. Il s'agissait d'une annonce politique assortie d'un appel à la clémence des services de contrôle — sans valeur juridique contraignante. Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a lui-même déclaré n'avoir « donné aucune instruction » aux inspecteurs du travail. Juridiquement, le 1er mai 2026 restait un jour obligatoirement chômé.
Les conditions annoncées reprenaient la logique du volontariat : accord écrit de chaque salarié, appel au volontariat formalisé, rémunération doublée. Mais les sanctions restaient applicables : 750 € d'amende par salarié (contravention de 4e classe), 1 500 € par salarié mineur.
Sur le terrain, environ 70 % des boulangeries auraient ouvert, dans un flou juridique certain : des supermarchés ont ouvert malgré l'interdiction, l'inspection du travail a mené des contrôles (notamment en Isère), et le groupe Écologiste et social a déposé un recours devant le Conseil d'État contre les annonces du Premier ministre.
5. Ce qui est prévu pour 2027
Pour sortir de ce flou, le gouvernement a préparé un texte à l'intitulé révélateur : le « projet de loi de sécurisation du travail le 1er mai des salariés volontaires des boulangers-pâtissiers artisanaux et des artisans fleuristes grâce au dialogue social de branche ».
Son parcours :
- 23 avril 2026. Le Conseil d'État rend son avis : il estime que le texte ne porte atteinte ni au droit au repos ni à la liberté d'entreprendre, approuve la limitation aux deux métiers artisanaux, mais recommande de retirer le mot « sécurisation », jugé trompeur.
- 29 avril 2026. Présentation en Conseil des ministres par le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou.
- 16 juin 2026. Adoption en première lecture au Sénat, sans modification, par 229 voix contre 110, après des débats houleux (rapporteur Olivier Henno).
- Depuis : en attente à l'Assemblée nationale. Le texte a été transmis aux députés mais n'a pas encore été examiné — pas avant l'automne 2026. Rien n'est donc adopté définitivement.
Le mécanisme prévu : une dérogation limitée aux boulangers-pâtissiers et fleuristes artisanaux, subordonnée à des accords de branche, avec volontariat écrit et révocable du salarié et une indemnité au moins égale au salaire de la journée. Le gouvernement a écarté la proposition initiale qui visait à élargir l'ouverture à tous les commerces. Entrée en vigueur visée : 1er mai 2027 — si l'Assemblée vote le texte.
6. Réactions : un front syndical uni
Les cinq confédérations représentatives (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC), rejointes par l'UNSA, Solidaires et la FSU, dénoncent « l'ouverture d'une brèche » dans le principe du repos payé du 1er mai, et craignent une extension à d'autres professions.
Pour Marylise Léon (CFDT), « le 1er mai 2026 ne doit pas être différent du 1er mai 2025 ou 2024 » ; elle dénonce une « politique spectacle ». Pour Sophie Binet (CGT), « ce n'est pas le vol du 1er Mai qu'il faut mettre à l'ordre du jour, c'est un grand plan pour l'augmentation des salaires ». Le 1er mai 2026 a rassemblé environ 320 manifestations partout en France.
Du côté du gouvernement, le Premier ministre Sébastien Lecornu soutient les artisans mais refuse de supprimer le jour férié, présenté comme un symbole des acquis sociaux. Les artisans boulangers et fleuristes, eux, invoquent la « continuité sociale » : assurer le pain et le muguet le jour de la fête.
Pour aller plus loin
Vos droits si vous travaillez le 1er mai · L'histoire complète du 1er mai · Les textes de loi
Sources
Toutes les affirmations de cette page sont sourcées sur des références officielles ou primaires :
- Légifrance — articles L3133-4 à L3133-6 du Code du travail (section « Journée du 1er mai ») : legifrance.gouv.fr
- Service-public.gouv.fr — travail le 1er mai (fiche F2405) : service-public.gouv.fr
- Lois fondatrices — n° 47-778 du 30 avril 1947, n° 48-746 du 29 avril 1948 (Légifrance).
- Conseil d'État — avis du 23 avril 2026 sur le projet de loi : conseil-etat.fr
- Sénat — dossier législatif et vote du 16 juin 2026 : senat.fr
- Vie-publique.fr, Public Sénat, franceinfo, LCP — comptes rendus des débats et réactions.
Dernière mise à jour : 4 août 2026.